Ciné-Club de l'été !
  
Résumé : À la mort de leur mère, Nora et Agnès voient leur père Gustav réapparaître dans leur vie. Réalisateur de films autrefois reconnu, il a écrit un scénario dont il voudrait que Nora, devenue comédienne, joue le rôle principal, mais cette dernière refuse catégoriquement. Lors d’une rétrospective qui lui est consacrée dans un festival français, Gustav rencontre une jeune star hollywoodienne qui, bouleversée par l’un de ses films, manifeste son désir de travailler avec lui. Il lui offre le rôle initialement écrit pour Nora, voyant là l’opportunité inespérée de relancer sa carrière. Le tournage en Norvège devient l’occasion pour Gustav d’affronter ses démons et lui donne une dernière chance de renouer avec ses filles.
Valeur sentimentale est un film aux accents romanesques assumés. Le réalisateur n’a pas peur de jouer sur la longueur, de multiplier les dialogues, d’allonger le temps. Là où Julie (en 12 chapitres) et Oslo, 31 août étaient des œuvres très ancrées dans le monde contemporain, Joachim Trier met en scène un long-métrage universel, qui se moque de la modernité, symbolisé par cette demeure qui transcende le temps et les personnes. Deux sœurs inquiètes et tourmentées tentent de remplir le vide laissé par leur mère morte, leur père absent qui à leur éducation préférait son art, sans jamais y parvenir réellement. Elles s’accrochent l’une à l’autre, comme des naufragées qui n’ont plus que les épaules de l’autre comme repères. Les deux interprète, Renate Reinsve et Inga Ibsdotter Lilleaas, sont d’une justesse immense dans ces rôles où elles auraient pu céder à la faciliter lacrymale, l’emphase et le mélodrame. Rien de tout cela : elles habitent leur rôle avec grâce et ampleur, dans film maniant la langue cinématographique à la hauteur des personnages romanesques qu’elles incarnent.
On ne cesse de penser à Truffaut avec sa Nuit américaine dans cette page qui a l’éclat et la densité d’un roman. Car Valeur sentimentale est un film sur le cinéma, la création, les frontières ténues entre la personne et l’artiste et les ravages collatéraux que l’œuvre génère parfois. On aurait pu penser au début à une histoire d’héritage matériel au regard du titre et de l’ouverture du film sur la maison comme dans le très lumineux l’Heure d’été d’Olivier Assayas. Joachim Trier parle de ce qu’il connaît de l’intérieur : l’héritage laissé par une œuvre artistique et la manière dont elle imprime une mémoire particulière dans les générations qui suivent. Le film est en effet un développement très intimiste de la mémoire familiale et historique. Le projet du père est de rendre compte des fantômes qui habitent le lieu, avec ses zones d’ombre, ses traumatismes anciens et à venir, et la façon dont ces évènements continuent de ravager le quotidien des habitants.
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